Devenir kinésithérapeute libéral en France

L'exercice libéral est aujourd'hui le principal mode d'exercice des masseurs-kinésithérapeutes. Au 1er janvier 2026, plus de huit kinésithérapeutes sur dix exercent exclusivement en libéral. Parmi eux, 48 % travaillent en cabinet individuel et 44 % en cabinet de groupe.

Mais devenir kinésithérapeute libéral ne consiste pas seulement à choisir un cabinet :

  • le lieu d'installation peut conditionner l'accès au conventionnement ;
  • certaines règles s'appliquent désormais aux futurs diplômés ;
  • le revenu dépend de l'organisation et du volume d'activité.

L'essentiel en six points

  1. Le libéral est le mode d'exercice majoritaire chez les kinésithérapeutes.
  2. Plusieurs portes d'entrée existent : on peut débuter par un remplacement, exercer comme assistant ou collaborateur, puis s'installer comme titulaire.
  3. Le lieu d'installation compte : le conventionnement est régulé dans les zones non prioritaires.
  4. Les kinésithérapeutes ayant commencé leur formation à partir de 2023 doivent remplir une condition particulière pour leur installation conventionnée.
  5. Des aides à l'installation sont prévues dans les zones très sous-dotées.
  6. Le chiffre d'affaires n'est pas le revenu : il faut tenir compte des charges professionnelles, des cotisations sociales et de la fiscalité.

Pourquoi choisir l'exercice libéral ?

Choisir son organisation. L'exercice libéral permet de choisir son lieu d'exercice, son organisation et son rythme de travail.

Une patientèle variée. La kinésithérapie libérale est largement une activité de premier recours et couvre de nombreux domaines : orthopédie, rhumatologie, neurologie, respiratoire, gériatrie, etc. Certains praticiens développent des orientations particulières, par exemple en kinésithérapie du sport, en rééducation périnéale ou en kinésithérapie respiratoire.

Des contreparties. Le professionnel doit gérer son activité, ses charges, ses cotisations, sa facturation et l'organisation de son cabinet.

Les différentes façons d'exercer en libéral

Le remplacement

Le remplaçant prend temporairement en charge les patients d'un kinésithérapeute qui cesse son activité pendant la durée du remplacement. Il exerce dans le cadre conventionnel du professionnel qu'il remplace et lui reverse une partie des honoraires sous forme de rétrocession. Le remplacement constitue souvent une première expérience de l'exercice libéral.

Pour un remplacement :

  • le remplaçant doit être titulaire du diplôme d'État et inscrit au tableau de l'Ordre ;
  • le kinésithérapeute remplacé informe au préalable son conseil départemental de l'Ordre (nom du remplaçant, dates et durée du remplacement) et lui communique le contrat de remplacement avant le début du remplacement ;
  • le remplaçant déclare son début d'activité sur le guichet des formalités des entreprises dans les huit jours suivant son premier remplacement (ce qui déclenche son immatriculation et son affiliation à l'URSSAF) et s'affilie à la CARPIMKO.

L'Assurance Maladie demande également que chacun informe sa caisse : le remplacé signale son remplacement, le remplaçant indique l'adresse du cabinet où il exerce.

Pour les kinésithérapeutes ayant commencé leur formation à partir de 2023, la prise en compte des remplacements dans la condition d'expérience préalable n'est pas encore tranchée (voir plus bas).

Un étudiant en masso-kinésithérapie ne peut pas effectuer de remplacement, y compris en dernière année. Seuls les titulaires du diplôme d'État sont autorisés à remplacer.

L'assistanat ou la collaboration

L'assistant ou le collaborateur exerce dans le cabinet d'un titulaire. Un contrat fixe notamment les conditions d'exercice et la redevance versée au titulaire. Il exerce en toute indépendance et est conventionné à titre personnel.

L'installation comme titulaire

Le titulaire exerce seul ou avec d'autres professionnels. Il assume les investissements, les charges et l'organisation du cabinet. L'exercice en groupe peut prendre différentes formes juridiques, comme la SCM, la SCP ou la SEL.

Où s'installer : le zonage

Le lieu d'installation détermine les conditions d'accès au conventionnement. Le zonage des masseurs-kinésithérapeutes comporte quatre catégories :

Zone Part de la population Principale conséquence
Très sous-dotée15 %Installation possible et accès aux aides conventionnelles
Sous-dotée15 %Installation possible ; zone prise en compte pour la condition des futurs diplômés
Intermédiaire40 %Pas de régulation du conventionnement
Non prioritaire30 %Régulation du conventionnement

Dans les zones non prioritaires, le conventionnement est en principe accordé lorsque le professionnel assure la succession d'un confrère ayant cessé définitivement son activité dans la zone. C'est le principe du « 1 départ pour 1 installation ». Des dérogations sont prévues dans certaines situations.

Le dispositif s'applique région par région, après publication de l'arrêté de zonage par l'Agence régionale de santé (ARS). Avant de choisir un lieu d'installation, vérifiez donc le classement exact de la commune.

Futurs diplômés : une condition pour le conventionnement

Une règle particulière s'applique aux kinésithérapeutes ayant commencé à partir de 2023 leur formation conduisant au diplôme d'État. Pour obtenir leur conventionnement, ils doivent remplir l'une des deux conditions prévues par l'avenant n° 7 :

  • deux ans d'expérience en établissement sanitaire ou médico-social en France, avec au moins 2 240 heures de travail effectif, soit 70 % d'un temps plein. Un exercice à mi-temps est possible : la durée est alors allongée jusqu'à atteindre les 2 240 heures ;
  • ou deux ans d'exercice libéral conventionné en zone sous-dotée ou très sous-dotée, avec au moins 6 000 actes. Si ce seuil n'est pas atteint, la période est prolongée.

Les deux voies peuvent être combinées, successivement ou en même temps. Les stages de clinicat réalisés en établissement ou en zone sous-dotée pendant la formation sont pris en compte. Le Conseil d'État a rejeté en juillet 2024 les recours de l'Ordre et de la Fédération nationale des étudiants en kinésithérapie contre ce dispositif.

Deux points à garder en tête :

  • une fois la condition remplie, l'installation reste soumise aux règles de zonage applicables à tous ;
  • plusieurs questions ne sont pas encore tranchées, notamment la prise en compte des remplacements en zone sous-dotée. Si vous êtes concerné, interrogez votre CPAM par écrit avant de vous engager.

Les aides à l'installation

L'Assurance Maladie propose des contrats incitatifs aux kinésithérapeutes exerçant dans les zones très sous-dotées. Les pages d'ameli ne sont pas parfaitement concordantes sur le périmètre exact de ces aides (certaines les évoquent aussi pour les zones sous-dotées) : vérifiez l'éligibilité de la commune visée auprès de la CPAM avant de vous engager.

Contrat Situation Aide
CACCMKCréation ou reprise d'un cabinet principal49 000 € : 30 000 € à la signature, puis 9 000 €, 5 000 € et 5 000 €
CAIMKInstallation dans un cabinet existant34 000 € : 15 000 € à la signature, puis 9 000 €, 5 000 € et 5 000 €
CAMMKMaintien d'une activité déjà installée4 000 € par an pendant 3 ans

Les contreparties :

  • Durée dans la zone. Il faut exercer au moins cinq ans dans la zone (trois ans pour le CAMMK).
  • Activité réalisée dans la zone. Au moins la moitié de l'activité doit y être réalisée.
  • Volume d'activité, pour les contrats d'installation :
    • au moins 2 000 actes la première année, puis 3 000 actes par an ;
    • en dessous, l'aide est réduite au prorata de l'activité.
  • Un seul contrat. Les trois contrats ne se cumulent pas.

Vérifiez le zonage et les conditions d'accès à ces contrats au moment de votre projet.

Les principales étapes d'une installation

  1. Obtenir le diplôme d'État et s'inscrire à l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes.
  2. Choisir son lieu d'exercice et vérifier le zonage ainsi que les conditions de conventionnement.
  3. Choisir son mode d'exercice : seul, en groupe, en collaboration, en société, etc.
  4. Souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle, obligatoire.
  5. Effectuer les formalités administratives, sociales et fiscales. Pensez à demander l'ACRE dans les 60 jours suivant le début d'activité si vous y êtes éligible.
  6. S'inscrire auprès de l'Assurance Maladie et mettre en place les outils de facturation.
  7. Organiser son activité et sa trésorerie, notamment pour anticiper les cotisations des premières années.

Combien gagne un kinésithérapeute libéral ?

Il faut d'abord distinguer chiffre d'affaires et revenu. Le chiffre d'affaires correspond aux honoraires facturés et encaissés. Le revenu dépend ensuite des charges professionnelles, des cotisations sociales et de la fiscalité.

Deux sources permettent de situer les revenus :

  • la DREES, statistique publique : le revenu d'activité annuel moyen des kinésithérapeutes était de 51 100 € en 2021. Il a progressé de 1,4 % par an en moyenne depuis 2017, hors inflation ;
  • l'UNASA (fédération des organismes de gestion, édition 2025), plus récente : le bénéfice moyen, avant impôt, était d'environ 40 700 € pour un kinésithérapeute non remplaçant (titulaires, assistants et collaborateurs confondus) et de 29 800 € pour un remplaçant. Les médianes sont plus basses : environ 31 400 € et 25 900 €. Ces chiffres ne concernent que les kinésithérapeutes au régime réel adhérents d'un organisme de gestion.

Ces moyennes sont antérieures aux revalorisations de l'avenant 7. Depuis, la valeur des lettres-clés a augmenté d'environ 3 % en février 2024. En 2026, les actes les plus courants ont ensuite été revalorisés : environ + 8 % en janvier pour les actes anciennement cotés AMS 7,5 (près de 40 % des actes), puis environ + 3 % fin mai pour ceux anciennement cotés AMS 9,5 (environ 30 % des actes). Compte tenu de la répartition des actes, les tarifs conventionnels de 2026 sont supérieurs d'environ 6,5 à 7 % à ceux de 2021. Appliquée au revenu mesuré par la DREES, cette hausse permet d'estimer un revenu d'activité moyen d'environ 54 500 € en 2026.

Il s'agit d'une extrapolation FisioFrance, et non d'une statistique publiée. Elle suppose un volume d'activité inchangé et des charges évoluant au même rythme que les honoraires. Le revenu réellement obtenu dépend du statut, du volume et du type d'actes, de la part de soins à domicile et des charges du cabinet.

Les écarts entre professionnels s'expliquent notamment par le statut et le mode d'exercice, le volume d'activité, la nature des actes réalisés, la part de soins à domicile, le lieu d'exercice et les charges du cabinet.

Des écarts importants derrière la moyenne

La moyenne masque de fortes disparités. Chez les non-remplaçants, le bénéfice médian (31 400 €) est inférieur de près de 25 % à la moyenne (40 700 €) : la moitié des kinésithérapeutes installés gagnent donc moins de 2 600 € par mois avant impôt. Un quart d'entre eux dépassent en revanche 5 500 € par mois. Ces écarts s'expliquent par le volume d'activité, le type d'actes réalisés, le lieu d'exercice, la part de soins à domicile et le niveau de charges du cabinet.

Pour aller plus loin :

À retenir

Devenir kinésithérapeute libéral offre une grande liberté d'organisation, mais le projet doit être préparé. Avant de vous installer :

  • vérifiez le zonage de la commune envisagée ;
  • renseignez-vous sur les règles de conventionnement applicables ;
  • anticipez la condition d'expérience si vous avez commencé votre formation en 2023 ou après ;
  • identifiez les aides éventuelles en zone très sous-dotée ;
  • estimez votre activité et votre revenu en fonction du mode d'exercice choisi.

Liens de référence de cette page

Des outils en ligne, faciles à utiliser

Pour vous accompagner dans votre projet

Votre Compte FisioFrance


Mot de passe oublié ?

Connexion

Créer mon compte
Ce site Internet utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Consultez notre politique de confidentialité pour gérer les options.