Revenus, charges sociales et impôts du kinésithérapeute libéral en France

Quand on envisage l'exercice libéral, une question revient toujours : sur ce que je vais encaisser, combien me restera-t-il réellement ?

Entre les honoraires et le revenu disponible s'intercalent quatre étages de prélèvements : les charges professionnelles, les cotisations sociales versées à l'URSSAF, les cotisations de retraite et de prévoyance versées à la CARPIMKO (la caisse de retraite et de prévoyance des professions médicales et paramédicales, dont dépendent les kinésithérapeutes libéraux), et les impôts.

Cette page les présente un par un avec les règles applicables en 2026, puis les assemble dans un exemple chiffré. Elle complète notre page Choisir son mode d'exercice, qui compare exercice libéral et salariat.

L'essentiel en six points

  1. Le chiffre d'affaires n'est pas le revenu. Chez les kinésithérapeutes libéraux au réel, le bénéfice moyen représentait moins de la moitié des recettes en 2023 : 40 701 € pour 85 282 € encaissés (statistiques UNASA). Ce bénéfice est calculé après cotisations sociales, mais avant impôt.
  2. Le mode d'exercice pèse autant que le volume d'activité. Un assistant ou un collaborateur reverse généralement 20 à 30 % de ses honoraires au titulaire. Le titulaire, lui, supporte les charges du cabinet.
  3. En 2026, la base de calcul des cotisations a changé. L'URSSAF et la CARPIMKO calculent désormais leurs cotisations sur le revenu professionnel diminué d'un abattement de 26 %. La CSG diminue, la retraite augmente.
  4. Pour un conventionné, la CARPIMKO pèse plus lourd que l'URSSAF. L'Assurance Maladie prend en charge l'essentiel de la cotisation maladie, alors que la CARPIMKO comporte des cotisations minimales, même à faible revenu.
  5. Les premières années se jouent sur la trésorerie. Les cotisations provisionnelles sont suivies d'une régularisation, et l'ACRE doit être demandée dans les 60 jours.
  6. Aucun taux universel ne s'applique. Le chiffre de « 44,8 % de charges » encore cité date de 2006. Pour estimer votre revenu, partez de votre propre situation avec notre simulateur.

Les charges professionnelles

Ce sont les dépenses nécessaires à l'activité. Elles se déduisent des recettes avant tout calcul de cotisations, et leur poids dépend d'abord du mode d'exercice.

Mode d'exercice Charges principales
Remplaçant La part d'honoraires conservée par le titulaire remplacé, les déplacements, l'assurance et les cotisations professionnelles. Pas de loyer ni d'investissement.
Assistant ou collaborateur Une redevance au titulaire, fixée par le contrat (souvent 20 à 30 % des honoraires, sans taux réglementaire). S'y ajoutent les frais personnels : véhicule, petit matériel, formation, comptabilité.
Titulaire Loyer ou emprunt, équipement, logiciel, secrétariat, entretien, assurances, comptabilité. S'il accueille un assistant ou un collaborateur, il perçoit en contrepartie une part de leurs honoraires.

Dans tous les cas s'ajoutent l'assurance de responsabilité civile professionnelle (obligatoire), la cotisation ordinale (280 € en 2026 pour un libéral), les frais bancaires, de téléphone et d'informatique.

Le même chiffre d'affaires peut donc conduire à des revenus très différents selon le mode d'exercice.

TVA : attention aux redevances

  • Soins et remplacements. Les soins sont exonérés de TVA. La part d'honoraires conservée par un titulaire lors d'un remplacement occasionnel peut ne pas y être soumise.
  • Redevances de collaboration. La redevance versée par un collaborateur en contrepartie des locaux, du matériel et de la patientèle ne rémunère pas un soin : l'administration fiscale la soumet à la TVA.
  • Côté titulaire. Le montant des redevances reste exonéré de TVA (franchise en base) tant qu'il ne dépasse pas 37 500 € sur l'année. Au-delà, la TVA s'applique à partir de l'année suivante — sauf si les redevances dépassent 41 250 € en cours d'année, auquel cas la TVA s'applique immédiatement.
  • Côté collaborateur. Vérifiez si le pourcentage prévu au contrat s'entend hors taxe ou toutes taxes comprises. Un kinésithérapeute ne peut pas récupérer la TVA : si elle lui est facturée, elle alourdit d'autant sa charge.

→ Pour en savoir plus : Les différents contrats d'exercice libéral

Les cotisations sociales versées à l'URSSAF

Le kinésithérapeute libéral conventionné relève du régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés (PAMC).

La nouvelle base de calcul. On part du revenu brut social, c'est-à-dire les recettes moins les charges d'exploitation, sans déduire les cotisations sociales. On applique ensuite un abattement de 26 %, encadré par un plancher et un plafond. Le résultat, l'assiette sociale, sert à la fois aux cotisations et à la CSG-CRDS. Au micro-BNC, c'est l'abattement fiscal de 34 % qui s'applique à la place : l'assiette correspond alors à 66 % des recettes.

2026, année de transition. De janvier à avril 2026, les acomptes ont été calculés avec les anciennes règles. Depuis avril, la régularisation 2025 et les cotisations 2026 suivent les nouvelles. Beaucoup de praticiens reçoivent un remboursement de l'URSSAF, parce que leur CSG-CRDS diminue. La CARPIMKO recommande de le conserver pour régler la hausse de ses propres cotisations.

Cotisation Règle 2026 Pour un conventionné
CSG-CRDS 9,70 % de l'assiette Le premier poste URSSAF
Maladie (activité conventionnée) Taux progressif jusqu'à 8,50 %, avec une prise en charge par la CPAM qui progresse jusqu'à 8,40 % Un reste à charge quasi nul
Maladie (revenus non conventionnés) De 3,25 % à 11,75 %, puis 9,75 % au-delà de 144 180 € Aucune prise en charge
Allocations familiales 0 % sous 52 866 €, puis progressif jusqu'à 3,10 % Rien à payer pour un revenu modeste ou intermédiaire
Indemnités journalières 0,30 % de l'assiette Une centaine d'euros par an
Formation professionnelle et URPS Contributions de faible montant Environ 150 € par an

Attention aux revenus non conventionnés. La prise en charge de l'Assurance Maladie ne porte que sur l'activité conventionnée. Les redevances qu'un titulaire perçoit de ses collaborateurs supportent donc la cotisation maladie à plein tarif.

L'URSSAF propose un simulateur dédié aux auxiliaires médicaux sur mon-entreprise.urssaf.fr.

La retraite et la prévoyance : la CARPIMKO

Tout kinésithérapeute libéral cotise à quatre régimes obligatoires. En 2026, trois d'entre eux sont calculés sur l'assiette sociale de l'année précédente ; l'ASV l'est sur les revenus conventionnés de l'année précédente.

Régime Règle 2026
Retraite de base 8,73 % jusqu'à 48 060 €, plus 1,87 % jusqu'à 240 300 €
Retraite complémentaire 8,70 % de l'assiette, avec un minimum de 2 091 € et un maximum de 12 544 €
ASV (conventionnés) 224 € à votre charge (447 € réglés par la CPAM), plus 0,16 % des revenus conventionnés (0,24 % réglés par la CPAM)
Invalidité-décès Forfait de 1 022 €

Trois points comptent particulièrement pour un nouvel installé :

  • Des minimums qui pèsent à bas revenu. Avec le minimum de la complémentaire, le forfait invalidité-décès et la part forfaitaire de l'ASV, la cotisation dépasse 3 300 € même avec un revenu très faible. Les « 15 à 18 % » parfois cités ne sont donc qu'une moyenne apparente : plus le revenu est bas, plus la proportion monte.
  • Des cotisations payées d'avance. Elles sont exigibles annuellement et d'avance, avec un prélèvement mensuel possible de janvier à octobre.
  • Un revenu estimé possible. En cas de forte variation de revenus, vous pouvez déclarer un revenu estimé. Des majorations s'appliquent si le revenu définitif le dépasse de plus d'un tiers.

En contrepartie, la CARPIMKO verse les indemnités journalières à partir du 91e jour d'arrêt, ainsi que les pensions d'invalidité et de retraite.

La cotisation foncière des entreprises (CFE)

La CFE n'est pas un pourcentage du chiffre d'affaires. Elle est calculée sur la valeur locative des locaux professionnels occupés deux ans plus tôt. Sans local professionnel, on paie la cotisation minimum fixée par la commune ; en sont exonérés les professionnels dont les recettes ne dépassent pas 5 000 €.

Pour un nouvel installé :

  • la CFE n'est pas due l'année de création ;
  • sa base est réduite de moitié la première année d'imposition ;
  • la déclaration initiale n° 1447-C doit être déposée avant le 1er janvier de l'année suivant la création.

L'impôt sur le revenu

Premier choix : le régime fiscal.

Micro-BNC Déclaration contrôlée (liasse 2035)
Principe Abattement forfaitaire de 34 % sur les recettes, aucune charge réelle déduite Déduction des charges réelles et des cotisations sociales obligatoires
Accès Recettes inférieures à 83 600 € (seuil 2026 à 2028) Obligatoire au-delà du seuil, possible sur option en deçà
Intéressant si… Vos charges réelles restent sous 34 % des recettes Vos charges dépassent ce niveau, ce qui est le cas de la plupart des assistants, collaborateurs et titulaires

Au micro-BNC, la redevance versée au titulaire n'est pas déductible : elle est réputée couverte par l'abattement de 34 %. Un collaborateur qui reverse 25 % de ses honoraires et paie ses frais personnels a donc presque toujours intérêt au régime réel. L'exemple ci-dessous le montre.

Micro-BNC ne veut pas dire micro-entrepreneur. Le régime micro-entrepreneur, avec ses cotisations calculées sur le chiffre d'affaires, n'est pas ouvert aux kinésithérapeutes. Même au micro-BNC, vos cotisations restent celles des PAMC décrites plus haut.

Deuxième étape : le barème. L'impôt est progressif. Le barème 2026, applicable aux revenus 2025, a été revalorisé de 0,9 %.

Revenu imposable par part (revenus 2025) Taux
Jusqu'à 11 600 €0 %
De 11 601 à 29 579 €11 %
De 29 580 à 84 577 €30 %
De 84 578 à 181 917 €41 %
Au-delà de 181 917 €45 %

L'impôt réellement payé dépend du foyer fiscal : autres revenus, nombre de parts, réductions et crédits d'impôt. Il ne se déduit donc jamais du seul chiffre d'affaires.

Trois règles qui changent le calcul

  • Pas d'abattement de 10 % en libéral. Cet abattement pour frais professionnels concerne les salaires. En BNC, le revenu imposable est le bénéfice, sans abattement supplémentaire.
  • Une partie de la CSG n'est pas déductible. Sur les 9,7 % de CSG-CRDS, 2,9 points ne sont pas déductibles et s'ajoutent au revenu imposable.
  • L'impôt se paie par acomptes, pas en une fois. Contrairement à un salarié dont l'impôt est retenu directement sur le bulletin de paie, le libéral paie des acomptes mensuels ou trimestriels prélevés par l'administration fiscale sur son compte bancaire. Ces acomptes sont calculés à partir des revenus déclarés l'année précédente, puis régularisés une fois la déclaration de l'année en cours effectuée — ils peuvent aussi être ajustés en cours d'année en cas de changement de revenus.

Organismes de gestion agréés : une obligation disparue. Adhérer à une Association de Gestion Agréée (AGA) pour éviter une majoration de 25 % du bénéfice imposable, c'était la règle jusqu'aux revenus 2022 : cette majoration a été supprimée à partir des revenus 2023. La loi de finances pour 2025 est allée plus loin en supprimant l'agrément des organismes de gestion et la réduction d'impôt pour frais de comptabilité. Ces frais sont désormais simplement déductibles du résultat.

Combien reste-t-il réellement ? Un exemple chiffré

Hypothèses :

  • kinésithérapeute collaborateur conventionné, en activité depuis plus de deux ans ;
  • 70 000 € d'honoraires encaissés ;
  • 25 % de redevance au titulaire, sans TVA ;
  • 7 000 € d'autres charges ;
  • déclaration contrôlée ;
  • célibataire, sans enfant ni autre revenu.

Ce que ça représente en volume d'activité — avec un tarif moyen d'environ 20,50 € par séance en 2026 (repère utilisé par notre simulateur pour une activité classique associant cabinet et domicile, estimé à partir des données de l'Assurance Maladie), 70 000 € d'honoraires correspondent à environ 3 400 séances par an. En comptant 5 semaines de congés et une dizaine de jours fériés tombant en semaine, donc non travaillés et sans recette, il reste environ 225 jours travaillés dans l'année, soit environ 15 séances par jour — un rythme soutenu, mais réaliste pour un exercice à temps plein.

Étape Montant
Honoraires encaissés70 000 €
− Redevance au titulaire (25 %)− 17 500 €
− Autres charges (assurance, véhicule, matériel, comptabilité, Ordre…)− 7 000 €
= Revenu professionnel avant cotisations45 500 €
Assiette sociale (− 26 %), qui sert au calcul mais n'est pas une somme encaissée33 670 €
− Cotisations URSSAF≈ − 3 500 €
− Cotisations CARPIMKO≈ − 7 800 €
= Revenu avant impôt≈ 34 200 €
− Impôt sur le revenu (bénéfice imposable ≈ 35 150 €, 1 part)≈ − 3 650 €
= Revenu disponible≈ 30 500 €, soit environ 2 550 € par mois

Dans cet exemple uniquement, 100 € d'honoraires se répartissent ainsi :

Destination Environ
Redevance au titulaire25 €
Autres charges professionnelles10 €
Cotisations URSSAF5 €
Cotisations CARPIMKO11 €
Impôt sur le revenu5 €
Reste disponible44 €

À lire avant d'utiliser ces chiffres. Ces 44 € ne sont pas un taux applicable à tous les kinésithérapeutes. Ils découlent entièrement des hypothèses retenues. Un titulaire, un remplaçant, un collaborateur avec une autre redevance ou un foyer avec enfants obtiendra un résultat différent. L'exemple n'intègre ni la CFE, ni une prévoyance ou une épargne retraite facultative, ni la situation particulière des deux premières années.

Deux repères pour situer l'exemple :

  • Cohérence avec la profession. Le bénéfice imposable représente ici environ la moitié des recettes, du même ordre que la moyenne UNASA de la profession.
  • Coût du micro-BNC. Au micro-BNC, ce même collaborateur serait imposé sur 46 200 € (66 % des recettes) au lieu d'environ 35 150 €. Il cotiserait aussi sur 46 200 € au lieu de 33 670 €.

>> Faites le calcul avec vos propres chiffres : Simulateur de revenus du kinésithérapeute libéral <<

Les premières années : anticiper la trésorerie

Des cotisations d'abord forfaitaires. Lors d'une première installation, l'URSSAF ne connaît pas encore votre revenu réel. Les cotisations sont donc d'abord calculées sur des bases forfaitaires, puis régularisées quand le revenu est connu. Si l'activité démarre bien, la régularisation peut représenter plusieurs milliers d'euros à payer en plus des nouvelles cotisations provisionnelles.

Le revenu disponible ne doit donc pas être confondu avec l'argent présent sur le compte bancaire. Le bon réflexe est de mettre de côté chaque mois une partie de ce qui reste après avoir payé vos charges. Dans l'exemple ci-dessus, sur 100 € d'honoraires, 35 € partent en redevance et en charges. Sur les 65 € restants, environ 21 € doivent être réservés aux cotisations et à l'impôt, soit près d'un tiers. Les 44 € restants constituent le revenu réellement disponible. Pendant les deux premières années, cette discipline est encore plus importante. La première année, les prélèvements sont calculés sur des bases provisoires faibles : dans notre exemple, environ 4 600 € de cotisations et aucun acompte d'impôt, alors que près de 15 000 € sont dus au titre de l'année. Les quelque 10 000 € d'écart sont réclamés l'année suivante, en plus des cotisations courantes et du premier solde d'impôt. La deuxième année, les sorties atteignent ainsi environ 23 000 €, concentrées sur le second semestre. Ne dépensez donc pas la première année ce qui n'est pas encore prélevé. Par prudence, surtout si votre activité progresse, mettez de côté jusqu'à 40 % de ce qui reste après charges pendant ces deux années. Vous pouvez aussi déclarer un revenu estimé à l'URSSAF et à la CARPIMKO pour ajuster vos prélèvements, et demander dès le départ à payer des acomptes d'impôt.

L'ACRE, une aide à demander à temps. Pour les installations en entreprise individuelle depuis le 1er janvier 2026 :

  • Une demande obligatoire. L'aide n'est plus automatique : il faut la demander à l'URSSAF au plus tard 60 jours après le début d'activité, sinon elle est perdue.
  • Des bénéficiaires ciblés. Elle est réservée à certains profils, notamment les demandeurs d'emploi et les bénéficiaires du RSA ou de l'ASS. Elle est exclue si vous en avez bénéficié au cours des trois années précédentes.
  • Un avantage qui dépend du revenu, pas du chiffre d'affaires. Pendant 12 mois, l'exonération atteint au maximum 25 % des cotisations concernées tant que votre revenu, après charges et abattement de 26 %, ne dépasse pas 36 045 €. Elle diminue ensuite progressivement et disparaît à 48 060 €. Concrètement, l'aide est entière jusqu'à environ 48 700 € de revenu après charges et s'éteint vers 65 000 €. Pour un collaborateur dont les charges représentent 35 % des honoraires, cela correspond à environ 75 000 € puis 100 000 € d'honoraires. Ces seuils sont réduits au prorata en cas d'installation en cours d'année.
  • Un gain à relativiser. L'ACRE ne couvre ni la CSG-CRDS ni la retraite complémentaire. Pour un kinésithérapeute conventionné, dont la cotisation maladie est déjà prise en charge par l'Assurance Maladie, l'économie porte surtout sur la retraite de base et l'invalidité-décès : environ 1 200 € sur l'année dans notre exemple.

À retenir

Le chiffre d'affaires d'un kinésithérapeute libéral n'est pas son revenu. Pour savoir ce qu'il vous restera, il faut enchaîner :

honoraires → charges professionnelles → cotisations URSSAF → cotisations CARPIMKO → impôt sur le revenu → revenu disponible

Les montants de cette page sont des repères établis avec les règles 2026. Ils ne remplacent ni le calcul de vos organismes ni l'avis d'un expert-comptable.

→ Calculez votre revenu avec notre simulateur · → Comparez avec le salariat : Choisir son mode d'exercice · → La convention nationale et la NGAP

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